Ingrid Mattson a récemment été élue présidente de la Islamic Society of North America (ISNA), et elle s'estime dans une position idéale pour diriger la plus importante association musulmane d'Amérique du Nord.
En tant que femme et personne convertie à l'Islam, elle est persuadée que son cheminement ne ressemble en rien à celui de la plupart des leaders islamiques. Elle croit que sa perspective unique lui a en partie permis de se faire élire présidente de l'ISNA, la semaine dernière.
Le but premier de cette organisation est de tisser des liens plus serrés entre la société musulmane et les Nord-Américains. Les tensions entre ces deux groupes étant très fortes présentement, Mme Mattson croit qu'elle ne pourra y arriver qu'en éliminant les stéréotypes.
«La grande opposition entre islam et occident perd de sa vigueur avec une personne comme moi, a déclaré Mme Mattson en entrevue. Malheureusement, cette idée est largement répandue, bien qu'elle soit absurde.»
La nouvelle présidente dit que son élection envoie un message clair, stipulant qu'une union et une coexistence sont possibles et sont prioritaires avec cette religion sur laquelle on tire à boulets rouges depuis plusieurs années.
«Je crois bien que la communauté musulmane cherchait un leader pouvant concilier le fait d'être musulman et Nord-Américain à la fois», a-t-elle ajouté.
Mme Mattson, mère de deux enfants, a grandi sous l'influence de la religion catholique romaine, en Ontario. Elle s'est convertie à l'islam à l'adolescence, en 1987, quelques mois après avoir complété son baccalauréat en philosophie à l'Université de Waterloo. Elle a ensuite consacré sa carrière académique à sa nouvelle foi, complétant avec succès un doctorat en études islamiques à l'Université de Chicago.
Elle a été élue pour la première fois au sein du conseil exécutif de l'ISNA en 2001, alors que les attentats terroristes du 11 septembre venaient envenimer les relations entre musulmans et Nord-Américains.
Selon Mme Mattson, le rêve d'unifier les deux cultures ne se réalisera probablement jamais, à cause de groupes extrémistes faisant rage dans les deux camps.
«Il y a des gens de chaque côté de la clôture qui préféreront toujours voir une démarcation claire entre les deux idéologies.»
Mme Mattson condamne les extrémistes musulmans qui minent le travail d'organismes comme l'ISNA. Elle déplore aussi certaines tendances culturelles de ces groupes, comme la répression des femmes, un problème qui n'est pas seulement l'apanage des groupes musulmans, ajoute-t-elle rapidement.
Elle admet que son élection n'est pas bien accueillie dans tous les cercles, mais rappelle aussi que quatre pays musulmans ont déjà élu une femme à la tête de leur état. Elle dit aussi avoir reçu des menaces, de la communauté musulmane mais encore plus d'autres communautés.
«Des suprémacistes m'accusent d'avoir trahi ma race, tandis que des fondamentalistes catholiques me considèrent comme étant un instrument du diable», conclut-elle.